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Reliquats 2017: quelles stratégies de fertilisation ?

Avec 97 uN de moyenne régionale sur 90 cm et de nombreuses situations très élevées, la campagne se classe clairement parmi les années à gros reliquats.

L’explication de ces valeurs élevées vient davantage des faibles niveaux de précipitations automnales et hivernales que des rendements décevants des céréales ou des colzas : moins de 100 mm de décembre à février, excepté sur la frange côtière un peu plus arrosée, déficits de précipitations hivernales par rapport à la normale allant de 35% sur la région de Lille, à 45 voire 55% sur un axe Calais / Saint-Pol / Arras. Ce contexte a limité fortement les pertes de nitrates par lessivage, qu’ils soient issus de la minéralisation du sol ou des apports d’effluents post-moisson. A titre d’exemple, le reliquat moyen sur 90 cm après lin est cette année de 92 uN, ce qui est pour le moins inhabituel pour une culture faiblement fertilisée laissant peu de reliquat post-récolte. L’azote provient dans ce cas principalement de la minéralisation automnale, conservée en raison des faibles précipitations.

Des écarts-types élevés 

La gradation des reliquats en fonction des précédents est assez marquée et classique, de l’endive aux légumineuses excepté les positions hautes du colza, des céréales et du lin, le tout un cran plus haut que d’habitude en raison de la tendance à la hausse de cette campagne. Les écarts-types (dispersion courante des valeurs par rapport à la moyenne du précédent) sont très élevés : +/- 30 à 40 uN, hormis après endive, betterave ou maïs grain (+/- 20 uN). Il est donc plus que jamais conseillé de réaliser vos propres analyses, notamment dans les situations potentiellement riches.Les petites régions expliquent un différentiel important, de l’ordre de 60 uN entre la frange côtière vers 60-70 uN (Bas Champs Picards, Boulonnais, Collines Guinoises, Plaine Maritime, avec des sols souvent plus filtrants et un déficit hydrique moins marqué), suivie de près par le Pays de Montreuil et le Haut Pays. En haut de classement, on retrouve l’Artois, la Plaine de Scarpe, le Cambrésis, le Hainaut et la Thiérache vers 100-120 uN de moyenne. Quelques regroupements ont été réalisés dans cette synthèse afin d’avoir suffisamment de données pour chaque secteur, tout en tenant compte de la pluviométrie et de la proximité géographique.

Quelle fertilisation ? 

Les apports organiques ont plus ou moins impacté les niveaux de reliquats, avec en tendance des augmentations sensibles après épandage de boues, d’effluents de volailles et de digestats. Ces situations devront être suivies de près (reliquats idéalement à la parcelle, outils de pilotage lorsque c’est possible), en raison de la forte variabilité des résultats ainsi que de nombreux reliquats très élevés sans pour autant être forcément aberrants (à priori au vu des valeurs hautes de cette campagne, et si les prélèvements ont été réalisés dans les règles).En croisant les petites régions et les précédents, vous pourrez retrouver des valeurs moyennes de reliquats pour réaliser votre plan de fumure azotée prévisionnel à défaut d’avoir vos propres mesures. Les conseils de fertilisation, excepté sur la frange côtière, vont mathématiquement diminuer avec des doses très faibles dans certaines situations (d’où encore une fois la sécurité d’une mesure à la parcelle), et l’inquiétude légitime de ne pas pénaliser les cultures. L’azote dosé dans les reliquats est pourtant bien utilisable par les cultures en fonction de leur capacité d’enracinement, avec toutefois des pertes possibles par lessivage tardif des horizons profonds, voire par un peu d’organisation bactérienne dans l’horizon de surface. Différents essais ont par le passé conforté des doses faibles sur blé, de l’ordre de 50 uN, suite à de gros reliquats mesurés sur la parcelle expérimentale. En blé, l’impasse du premier apport devra être envisagée si le conseil est inférieur à 100-120 uN, puis l’utilisation précoce (2 nœuds)  d’un outil de pilotage en végétation sera fortement conseillée afin de conforter le conseil, ou de le moduler de +/- 40 uN (et jusqu’à + 80 uN dans le cas d’un objectif  protéines). Sur colza, les reliquats sont inhabituellement élevés ce qui va réduire les fertilisations nécessaires : compter 45, 56 et 74 uN sur respectivement 45, 60 et 90 cm de profondeur de sol, au lieu des 20-30 uN habituelles. Les cultures de printemps comme la betterave ou le maïs valorisent quant à elles bien la minéralisation du sol et des produits organiques, des doses faibles déterminées de façon rigoureuse ne devraient pas être problématiques (attention cependant à ne pas dépasser les besoins avec les apports organiques). La pomme de terre, peu profondément enracinée et ayant de gros besoins, sera moins impactée par les valeurs hautes des reliquats. Ces derniers deviendront par contre un critère de sélection des parcelles (voire des variétés) plus discriminant que d’habitude en endives et lin, cultures très sensibles aux excès d’azote.

Pierre MORTREUX : 06 77 67 31 57